Insomnie
Le sommeil m’a fuit toute la nuit.
Insensiblement tout d’abord : Finir un roman, en entamer un second. Flâner sur l’ordinateur, lire quelques articles, jouer à un jeu idiot, répondre à un email.
Se lever, manger un fruit. Allumer la tv où passent encore quelque Nième rediffusion de vieilles séries. Mettre la minuterie pour s’endormir, bercée par les dialogues en sourdine. Se tourner, se retourner, se relever, errer un moment dans l’appartement silencieux.
Eteindre le poste, rêvasser, pelotonnée sous la couette moelleuse essayer de se raconter une histoire, héroïque, sensuelle, passionnée pour s’endormir enfin.
Et mille pensées qui surgissent, anodines : penser à appeler telle amie demain, prévoir un diner pour le week-end suivant. Que porter à la prochaine soirée. Fera-t-il froid ? Et se mêlent d’autres réflexions plus angoissées que je chasse.
Puis prendre conscience au calme et au silence de la rue qu’on est vraiment au cœur de la nuit et réaliser que je ne dormirai pas. Que fermer les yeux, s’appliquer à ne pas bouger, de tenter de faire le vide ne sert à rien. Que je n’ai vraiment pas sommeil.
Oser regarder l’heure et penser à une vieille chanson, il est 5 h du matin.
Allumer une cigarette. S’énerver. Et réaliser que le sommeil ne viendra pas, tout simplement, que cette nuit, le marchand de sable m’a oubliée.
Que dans la douce fraicheur de ce petit matin d’été, je me sens aussi éveillée qu’en pleine journée. Juste plus désœuvrée.
La nuit est encore noire même si déjà à l’est dans la lueur orangée de la ville, le ciel pâlit. Et je m’ennuie dans mon lit.
Enfiler une robe longue sur ma nudité, des tongues, faire un thermos de thé et sortir dans la nuit.
Quelques rares voitures de travailleurs encore mal éveillés. Des croissants chauds à la boulangerie inhabituellement vide.
Au coin d’une rue, les rire éméchés d’un groupe de fêtards qui me hèlent et que je salue sans m’arrêter.
La corniche et la mer noire et calme. Descendre sur les rochers.
Tâter l’eau du bout du pied, dans la fraicheur de l’aube, elle me semble agréablement tiède.
Un coup d’œil à droite, un coup d’œil à gauche. Je suis seule. Je pose mon sac, ôte ma robe et me laisse glisser dans l’onde. Frisson, plaisir, se laisser couler, remonter, nager, jouer, savourer ce moment merveilleux, le glissement sur ma peau, le doux bruit du ressac et les premières lueurs.
Je me hisse sur les rochers, j’entends toussoter.
Il est là assis dans l’ombre, une canne à pêche posé à coté de lui. Il est grand, dégingandé, jeune.
Poliment, il détourne son regard le temps que je m’ébroue et me rhabille.
Puis de quelques banalités engage la conversation. Je le regarde, en fait il n’est pas si jeune que ça mais son visage semble empreint d’une certaine immaturité, d’une douce innocence. Nos yeux se rivent.
- Elle est bonne ?
- Délicieuse…
- N’y retourneriez vous pas ? Avec moi ?
Il me sourit, je relaisse tomber ma robe à mes pieds où la rejoint son short. Et joyeusement, nous plongeons.
C’est gaiement que nous nous éclaboussons, nous frôlons, nous touchons, nous découvrons… Glissons l’un contre l’autre, nous embrassons, nous touchons. Ses mains légèrement râpeuses et exigeantes sur mon corps, dans mon corps. Sa queue douce dans la mienne. Accrochée au rocher, je le sens enfin me pénétrer. Le ressac nous berce, j’enserre ses hanches minces de mes jambes. Nous bougeons à peine mais déjà, malgré l’inconfort de l’eau salée, l’excitation de la magie du moment me fait frissonner et me cabrer. Avec un petit cri, il se retire et jouit. Je vois les goutes laiteuses de son plaisir flotter puis disparaître.
Rhabillés, apaisés, nous partageons nos petits déjeuners respectifs sur le rocher, en regardant le jour se lever.
- Toi aussi tu es lève-tôt ?
- Non, une couche tard. Mais j’adore les insomnies et leurs folies
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Odeur
« Je sais ce que vous écrivez »… Je reste pétrifiée.
C’est venu comme ça, au détour d’une phrase d’un quasi inconnu. Ça devait finir par arriver depuis des mois que je jette mes mots et mes histoires aux quatre coins du net, que de blog en mails, elles se promènent. Il fallait bien qu’un jour quelqu’un fasse le rapprochement. J’ai beau le savoir, avoir choisi d’affronter ce risque éventuel, l’avoir « théorisé ». M’être dit que le jour où, j’y ferai face. Je me sens m’empourprer, la chaleur de la gène remonter le long de mes jambes, embraser mon ventre, mon cou puis mes joues.
Grand instant de questionnement.
Mais reprenons un peu plus tôt, revenons à cette fin d’après midi ou une petite foule se presse dans une galerie un verre de rosé lambda à la main.
L’exposition est agréable, tableaux aux couleurs vives, violentes et d’une présence dérangeante. Je ne saurais dire si je les voudrais chez moi, mais aucune de ces toiles ne me laisse indifférente.
Et puis au milieu des curieux, des amateurs, des mondains, des trompe-l’ennui et des pique assiettes, il y a lui.
J’aime l’odeur de sexe : ce parfum lourd et piquant, salé, prégnant, que je flaire autour de lui.
IL n’en est pas conscient, il parle, pérore, s’éclaffe, se répand, brillant, charmant, amusant. Bel homme passionnant, nous l’écoutons toutes la langue pendante. Je ne sais quelle est la part du récit ou celle des phéromones.
Mais moi, au-delà de ses mots, des anecdotes dont il nous régale. Je suis en arrêt.
J’ai l’air de l’écouter mais en fait, je ne fait que le humer.
C’est un beau brun, un peu plus tôt dans la soirée, quelqu’un nous a présentés :
- P , sculpteur, travaille la glaise, le bois et le bronze….
- C, joue avec les mots, les couleurs, la vie….
J’ignore qui fait ce raccourci, qui de nos amis communs a pensé que nous devions nous rencontrer. Il enserre ma main dans les deux siennes et les garde ainsi quelques longs instants tout en me dévisageant. Il a des mains chaudes, rêches et puissantes et des yeux couleur châtaigne. J’y vois briller furtivement le regard qui enregistre une proie potentielle.
Je sens mes tétons durcir sous ma petite robe estivale. Je le hume, le renifle, le sens, emplis mon nez et mes poumons de ce parfum entêtant et enivrant. Il s’emballe au fil de concepts de plus en plus abstraits au fil de la soirée, au fil des verres. Je feins de m’intéresser.
C’est pourquoi, lorsqu’il interrompt sa litanie pour m’asséner « je sais ce que vous faites, je sais ce que vous écrivez », j’ai l’impression de chuter.
Alors que je m’embrase, je le vois me dévisager plus curieux que moqueur. Ma réaction semble le combler.
La foule autour de nous continue à cancaner, s’extasier, boire et échanger. Indifférente.
Jouer la montre : « Vous savez ce que je fais ??? ». Le rouge aux joues, je décide de faire front. J’ai repris mon souffle. Je soutiens son regard sans ciller. Je le vois hausser un sourcil étonné.
« oui, je vous ai lue »
- - Alors je vais vous dire, cher P. ce que je fais. J’aime l’odeur que vous dégagez: piquante, troublante, excitante. Cette osmose du sperme, de la mouille et de la sueur. Cette signature olfactive de l’amour qui supplante la note boisée de votre eau de toilette. Je vous sens.
C’est à son tour de se troubler, de pâlir, de balbutier. Je lui souris suavement.
- - Puisque vous me connaissez, vous devinez bien évidemment que tout en vous respirant depuis un moment, j’invente, ce qu’il vous est arrivé juste avant cette soirée.
J’aime cette conversation limite indécente au milieu de la foule indifférente et je le vois sourire à son tour. Au milieu des gens, nous nous regardons, nous reconnaissons et savons. Et nous lançons. Rien que de nos mots, nous copulons.
- - Il y a deux heures et demie, vous vous impatientez à l’idée d’avoir promis de passer ici. Vous étiez tranquille dans votre atelier, la radio en fonds sonore, votre œuvre en cours devant vous. Vous auriez aimé avoir plus d’inspiration, mais voilà, ça ne se décide pas. Et cet après midi, mollement vous dessiniez quelques esquisses et rêvassiez. Rien qui ne donne vraiment envie de bouger.
Allongé sur le canapé défoncé, vous griffonniez sans conviction, lorsqu’elle est entrée.
Vous la connaissez un peu, une jeune femme un peu fantasque que vous savez mariée mais qui semble beaucoup vous aimer. Elle passe parfois lorsque les enfants sont à l’école et que la femme de ménage à pris possession de sa maison. C’est une jolie femme d’une trentaine d’année, légèrement déjantée sous son allure bcbg. Vous avez pris l’habitude de la culbuter gentiment lorsque ça vous prend l’un et l’autre. Elle arrive désœuvrée, charmante et élégante avec son petit air paumé. Et vous craquez. Au bout de quelques mots, d’un simulacre de conversation, vous vous ruez l’un sur l’autre. L’heure tourne, l’école finit à 16h30. Relevez sa jupe sur son sexe à la toison parfaitement taillée. Y enfouissez votre visage….
Si, si, si je vous sens, si je renifle le long de vos joues, mélée à vos poils de barbe, je sens son odeur de femme. Elle s’ouvre sous votre langue. Gémis sous vos dents qui saisissent doucement son clitoris. Ses doigts dans vos cheveux, pressant votre tête contre sa féminité.
Et ses cris, ses tous petits gémissements excités, excitants, quand elle finit par vous souffler : « chéri, je t’en prie, prends moi ». Qui se muent en hurlements lorsque l’ayant retournée contre le dossier, en levrette tu la pourfends. Et ses reins creusés pour mieux t’accueillir. Et sa main entre tes jambes qui presse délicatement tes couilles puis te griffe l’intérieur des cuisses. Et ses soubresauts sous toi. Et le plaisir d’au dernier instant sortir, jaillir et maculer d’un jet puissant son dos bronzé.
D’ailleurs déjà tu l’oublies, tu es déjà dans un coin de ton esprit en train d’imaginer une œuvre, qui rende cette impression d’abandon, ce vide délicieux, cette douce salissure qu’elle emmène sur elle, après s’être juste essuyée et vêtue à la hâte.
Et puis vous vous êtes souvenu de cette soirée, impossible d’y échapper. Vous vous êtes rhabillé sans vous doucher. Et là vous m’écoutez divaguer, vous vous dites que je suis vraiment cinglée. Mais à ce que je vois, à la bosse qui se dessine sous votre pantalon alors que vous buvez mes délires, vous aimez ça.
Alors sans plus attendre, l’artiste m’emmena dans son atelier encore empreint du parfum de sexe et sur son canapé maculé me baisa joyeusement…..
Siestes
C'était une femme avenante et souriante qu'on aurait pu dire libérée si elle n'était pas si évidemment libre.
Elle parlait de sexe décontractée, ouvrait les jambes avec désinvolture.
Elle traversait la vie à grandes enjambées, s'arrétant parfois au grès des rencontres quelques heures, quelques mois ou quelques années. Puis repartait à peine ébranlée vers de nouvelles aventures.
Je la connaissais depuis l'adolescence où déjà elle avait cette allure de se moquer un peu de tout.
"la nature m'a fait papillon" disait elle alors que nous rêvions entre amies du prince charmant, du grand amour. Allongées dans la semi-obscurité, bercées par le ronron du climatiseur dans la torpeur du début d'après-midi, nous devisions de nos attentes et de nos maigres expériences. Gloussions, pouffions, soupirions. Nous comparions nos corps et leurs évolutions. Elle me semblait si femme alors avec ses hanches rondes, ses seins majestueux, et sa taille fine. Et je complexais de mon coté dégingandé presque asexué. Elle rassurait célébrait mes cheveux, mes fossettes et mon sourire mutin. J'aimais ces mercredi après-midi où revenant de la plage abruties de soleil nous nous couchions pour ces siestes bavardes, jusqu'à l'assoupissement serein. Elle sut tout de mon premier baiser, du goût de la bouche du jeune L, de mes interrogations. Elle me raconta sa première fois, le corps de son amant, ses caresses, ses tendresses, et sa déception à elle quand tout fut fini.
Nous avons partagé, au fil de des années de jeunesse qui semblent des siècles, tant de petites histoires, d'espoirs et de désillusions, de petits soucis et de gros chagrins. Nous nous séparâmes à l'aube de nos vies de femme. La vie, les études et la géographie nous entraînèrent loin de notre petit paradis moite. Après quelques années, les lettres de 10 pages devenaient cartes de voeux et un jour elle disparu de mon univers. Je m'étais mariée avec mon amour d'enfance, sans elle que j'avais toujours imaginé m'accompagner le jour de mes noces. Elle parcourait la terre était tombée amoureuse en Indonésie et ne pouvait envisager de rentrer en France à ce moment là "désolée ma grande, je penserai à toi"
Un quart de siècle plus tard, curieuse et impatiente, je l'attendais dans un café. Un jour elle avait rencontré un ami commun et repris contact. C'était au coeur de l'été et la chaleur lourde me rappelait notre enfance tropicale. Je dévisageais les femmes qui passaient essayant de la deviner. Pas celle-là, trop petite, pas cette vieille quand même. Et pourtant je la reconnus au premier coup d'oeil, à sa façon de marcher, dégagée, insensible et gaie, comme si le monde lui appartenait. La même silhouette fine, je ressentis cruellement les kilos installés au fil des années. De près, j'eu un choc, c'était elle sans être elle. Le même sourire, les mêmes yeux, les mêmes expressions, dans une femme de 40 ans. Comme si le voile du temps couvrait ses traits d'un masque. Si je ne l'avais connue avant, je l'aurais trouvée belle, là, elle me semblait doucement usée, patinée. Mais rapidement, aux joies de nos retrouvailles, elle s'annimait, riait, m'embrassait, m'enivrait de milles anecdotes et à nouveau, nous avons 17 ans.
D'ailleurs des le lendemain nous nous prelassons sur la plage. Riant de nos vergétures, comparant de bonne humeur les changements de nos corps.
Puis reprenant nos habitudes, nous nous réfugions dans ma chambre anciennement conjugale pour notre sieste dominicale. Comme avant nous ôtons nos robes, je plie la mienne, elle jette la sienne, et nous glissons en petites culottes sous le drap frais. " Tu te rappelles?" Je me souviens. Et, je ne sais plus bien ce qu'il s'est passé, qui a commencé, ni si ça a la moindre importance. Sa bouche sur la mienne, elle a les lèvres douces bien que légèrement craquelée par l'été. Nos langues hésitantes. Nous nous regardons, pouffons, et recommençons. J'aime la surprenante douceur de ce corps de femme, ma main qui glisse sur sa peau lisse, toucher ses seins tellement plus gros que les miens. Je reconnais son odeur légère et familière. Le sel de la mer sous ma langue, elle qui frissonne. La taille n'est plus si fine, le ventre légèrement flétri, mais je la trouve belle. Nous nous serrons l'une contre l'autre nous enivrant de ces sensations nouvelles. Nos longs cheveux se mêlent. Long moment de tendresse. Puis d'un coup le désir, le vrai, celui impérieux, celui qui n'attend pas, surgit: j'ai envie d'elle. Envie de ses baisers, envie de la goûter. M'agenouillant entre ses jambes brunes, je découvre pour la première fois de près, n'étant pas contorsionniste, un sexe de femme. Une fente rose et luisante bordée des lèvres sombres. J'y pose une bouche hésitante, une langue frémissante. Curieusement, le goût ne me surprend pas, salé, léger. Je m'enhardis, si je ne l'ai jamais fait, je sais ce qu'une femme ressent. Bientôt je la sens vibrer, puis son vagin se contracter autour du doigt que j'y ai glissé tandis que je suce son clitoris. Se serrer ses cuisses musclées autour de ma tête. Au secours, j'étouffe. Mais déjà avec un soupir d'aise elle se relâche, s'étire, me sourit " Toi aussi, tu en as envie?" Et me rend la pareille.
Il fait chaud, il fait sombre malgrés quelques rayons de soleil facétieux qui se faufilent par les persiennes je la regarde somnoler avant de m'endormir. Je ne sais combien de temps nous partagerons notre couche, avec elle rien n'est jamais prévu, rien n'est jamais fixé. Tout à l'heure, dans une heure, dans un mois, je ne sais pas, elle repartira. Et à vrai dire, ça m'est égal. Dors mon joli papillon...
Le consultant
Plus que 3 ou 4 h et ce sera le week-end. Dans le bureau vitré, je scrute mon écran: estimations en cours. Clients à
rappeler. Mais mon esprit s'évade vers de folles cascades. Les mots s'enchaînent, mon imagination se déchaîne. Envie d'écrire mes délires, mes désirs. Je m'efforce de fixer mon attention sur des taches qui me semblent futiles.
Vais reprendre un café... Bavarde avec mes collègues... Réponds au téléphone... Mais mes doigts agités réclament un clavier. Je crayonne. Essaie de classer mes dossiers, de remettre de l'ordre dans mes pensées. En vain... Mon ordinateur que je sais surveillé me nargue. De frustration, sur le papier, je couche mes sensations. Une petite histoire de sexe et de plaisir, griffonée sur le cahier d'écolier où je note en général mes actions. Libérée de cette impatience, je laisse courir mon imagination... Orgies magnifiées, perversions, jouissance effrénée, sexe anarchique voire acrobatique. Je me lâche, mes mots courent, s'échappant tumultueux de mon stylo, de mon esprit débridé. Je crois que je ne fus jamais aussi crue, aussi moi-même, que cet après midi gris d'hiver dans mon sobre petit bureau.
Mais déjà le quotidien réapparait, des clients qu'il faut renseigner, un budget à établir, des visites à programmer...Déjà il est beaucoup plus tard que je ne pensais, et le reste de ma vie m'attendant, je file.
Week-end, juste souffler dans ma course éperdue contre le temps qui gagne toujours. Et déjà c'est lundi...
Il est assis à mon bureau plongé dans mon petit cahier. Je ne le connais pas. La fin de quarantaine bien conservée. Costume bien coupé, barbe bien taillée. Mais que fait-il bien calé dans mon fauteuil, une tasse de café fumant sur mon bureau, envahissant mon espace, lisant mon intimité en souriant.
Faire demi-tour, lui rentrer dedans directement. C’est lundi, je suis d’une mauvaise humeur molle et me contente de tousser pour me manifester. Il lève un œil goguenard. Je le foudroie du regard. « Vous permettez », je lui arrache des mains mon manuscrit et m’enfuie. Il me suit contrit. Mais je ne me sens pas d’humeur indulgente.
Il essaie de se présenter, il est là pour un audit, on lui a proposé de se poser là car il avait besoin d’une connexion. Je ne lui réponds pas, je ne saurais que dire, le toise et m’en vais.
Le lendemain, il participe à notre réunion, en compagnie des dirigeants. Il me sourit, je fais la tête. Polie pour éviter les ennuis mais me désintéresse de lui. Pas lui, je le sens qui m’observe. Et me fais rougir avec quelques allusions sur la nécessité de travailler nos textes de pub. «Vous qui avez la plume alerte » me lance-t-il. Plantant ses yeux dans les miens.
Fulminante et impuissante, je n’ai d’autres recours que mes armes de femmes. Baisser les yeux, sur mes genoux découverts, croiser mes jambes, balancer mon escarpin l’air de rien, sucer mon crayon comme en panne d’inspiration. Procédés en apparence innocents mais qui font leur petit effet. Maintenant c’est l’indiscret qui est troublé. Au moment où il devait s’adresser à l’ensemble des collaborateurs, son discours bien rodé s’enraye quelque peu, surtout quand il me voit griffonner fébrilement dans mon petit cahier. Mais sage comme une image, je lève le doigt pose quelques questions. Et l’exposé reprend…
Fin de la matinée, fin de la réunion. Dans le brouhaha de la fin de session, quand tout le monde se lève, échange quelques mots avant de se ruer sur une cigarette et un grand bol d’air frais. J’observe ses efforts pour m’aborder d’un air détaché. En auditrice attentive, je lui demande s’il peut vérifier mes notes. Je déchire la feuille et la lui tend, et sors rejoindre mes collègues.
Voici ce que je lui ai écrit :
« Cher indiscret, pendant que, comme nous tous, je fais semblant de vous écouter, voici ce que j’imagine:
Je savais que vous me regardiez, je savais que vous m’épiiez. Je nous imaginais. La réunion finie, vous alliez m’aborder. Je ferais semblant de ne pas comprendre que vous m’aviez devinée. Vous feindriez de ne pas avoir violé mes fantasmes. Nous nous conduirions comme deux individus civilisés. Puis pendant l’apéritif clôturant cette fastidieuse matinée, nous nous éclipserions discrètement, l’un après l’autre. Il y au fonds du bâtiment, une petite salle oubliée. Pleine d’archives poussiéreuses et d'imprimés périmés. Je relèverais ma jupe assez haut pour dévoiler mes bas, et mon tanga. Puis m’accouderais à une étagère, vous présentant mon derrière afin que vous me preniez. Je peux déjà ressentir votre va-et vient en moi, vos mains sur mes hanches, mes lèvres que je mords pour que personne ne nous entende. Votre souffle dans mon cou. Le choc de votre queue au fonds de mon con. Le plaisir d’une jouissance discrète voire muette. Nous remonterions ensuite, mine de rien, nous mêlant aux collègues.
Voilà ce que m’inspirais votre intervention pendant cette fichue réunion, il faut bien s’occuper »
Je le plante là. Peu après discrètement, je m’éclipse… Pour te rejoindre, mon amant, dans un appartement dont j’ai les clés.… Il est vide, mais la cuisine est aménagée et un plan de travail offre un certain nombre de possibilités… que je compte bien te montrer…
Je n’ai pas revu le fringant consultant, Par contre nous nous sommes beaucoup amusés toi et moi de l’inquiétude de notre directeur devenu paranoïaque: Le siège l’espionnait, puisque l’auditeur avait demandé à une assistante de lui indiquer la salle des archives…Et s'y était enfermé tout le temps du déjeuner...
Et préoccupé, notre boss nous fichait la paix...
Spécialement pour toi
Elle
C'était une petite femme râblée, sans être laide, elle n'avait, comment dire? rien pour plaire...
Le teint un peu plombé, la bouche un peu trop grande, de beaux yeux qui semblaient comme gâchés au milieu de tant d'insignifiance un peu revêche.Engoncée dans son uniforme, toujours un peu sur la défensive, j'entrepris pourtant de la séduire.
Au fil des jours alors que je la croisais chez l'épicier, je lui souriais, puis la saluais, puis de quelques mots par-ci par-là, je finis par engager la conversation. Au bout d'une semaine, attablée à une terrasse de café, elle me confiait ses désillusions. Décidée à la charmer, j'approuvais, niais, lui souriais.
N'ayant jamais dragué de femme, j'improvisais:
Je me fis douce et prévenante, compatissante. La couvait d'un regard flatteur. La complimentais sur ses cheveux qui étaient sa fierté. Roulais des yeux épatés lorsqu'elle me confiait les difficultés de son ingrat métier. Alors qu'elle pleurait la platitude de sa vie privée, je la faisais rêver contant la magnifitude de la relation avec mon amant. Je remarquais que quelques allusions à des anecdotes salaces la plongeaient dans une douce confusion.
Un samedi après-midi allongées sur la plage nous continuions nos troublantes conversations.
Plus jolie nue que vêtue malgré des cuisses dodues et un gros cul, elle accueillait avec plaisir mes compliments sur sa taille fine et sa poitrine généreuse. Détendue sous la caresse du soleil et la paresse du week-end, elle en devint presque charmante. Nous nous enduisîmes mutuellement d'huile solaire, je la sentais frémir sous mes mains alors que je massais doucement son dos musclé. Et posais un baiser mutin, moitié plaisantin sur sa nuque brune.
Ce fut-elle qui relança le débats sur nos ébats et nos expériences. Elle écoutait mes confessions faussement innocentes avec grand intérêt. Je vis ses yeux briller alors que je célébrais le corps, la vigueur et l'imagination de mon bel amant...
- Je ne m'étais jamais sentie aussi femme tu sais,
Je baissais le ton:
- Il a une queue magnifique, une langue merveilleuse. Je crois que je n'ai jamais eu autant de plaisir. Et la douceur des ses doigts en moi... Et tous nos jeux amoureux...
Légèrement haletante, elle me redemandait des détails. Je la vis émue à l'évocation d'une partie à trois.
Puis une voisine s'étant approchée pour me saluer, nous changeâmes de conversation...
Gorgées de soleil, de rosé frais, et rassasiées de salades croquantes, nous rêvassions à une terrasse en regardant le soleil se coucher sur la mer. C'est alors qu'elle me relança, par allusions que je feignis de ne pas saisir jusqu'à ce qu'elle devienne câline, explicite.
A sa demande, j'appelais mon amant en route alors que nous rejoignions son petit studio immaculé dans un quartier tristounet.
C'est moi qui gentiment la dévêtis et la lui offris.
Il lui donna tout ce qu'elle espérait et plus encore. Me caressant je le regardais prendre sa bouche, s'enfoncer dans son sexe affamé.
Elle n'était déjà plus que ruades désordonnées quand je le vis d'un doigt mouillé dilater son petit anus serré. Je vis son visage exalté quand elle s'y empala. Le cri qu'elle poussa me tétanisa alors que l'ayant retournée, doucement puis puissamment il la sodomisa...
Nous la quittâmes encore frémissante, anéantie de plaisir, de culpabilité et de fierté mêlés.
Il bloqua l'ascenseur entre deux étage, et de sa bouche entre mes cuisses calma ma frayeur.
Me récompensant ainsi de l'avoir aidé à réaliser son fantasme: enculer un flic....
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Un homme de pouvoir
A l'époque, à la fin des année 80, c'était une homme politique connu. Un jeune loup disait-on, au vu de ma
jeunesse alors, il me semblait très mur, voire vieux.
Lors des sessions parlementaires, loin de sa famille et de ses électeurs, il aimait m'appeler. Homme de pouvoir, devoir me supplier ne semblait pas le gêner. Quant à moi j'aimais le rabrouer.
Il m'emmenait souvent dans de grands restaurants me présentant comme une nièce étudiante. Je jouais le jeu, jupe sage, genoux serrés, yeux baissés, je participais timidement à la conversation des grands. De temps en temps, pour le plaisir, je lançais une insanité qui le faisait rougir. Il aimait se tenir sur le fil. Redoutant le scandale autant qu'il l'attirait.
Le dîner terminé, il me raccompagnait, son chauffeur discret somnolant pendant qu'il montait.
C'est alors que je me déchaînais: D'une petite voix froide je l'assurais de mon mépris: Lui expliquant que même affamée, je n'aurais pu le baiser. Que sa langue de bois m'endormais, que jamais il ne me manquait et que je ne savais même pas ce qu'il faisait là. Il se faisait penaud, assurant m'aimer. Moi, je riais, j'adorais le malmener.
Quand il s'était suffisamment excusé d'exister et de m'ennuyer, dans ma grande bonté, je l'autorisais à se déshabiller et à me masser les pieds. S'il avait été bien sage, après le massage, je lui permettais de faire mon ménage. Il s'exécutait sous mes quolibets alors que me moquais de son cul blanc et nu. Apitoyée, parfois je lui permettais de me regarder alors que son chauffeur me baisait. Les yeux exorbités, il me caressait pendant que je tressautais sous les coups de boutoir de l'homme en uniforme noir.
Le chauffeur redescendait, lui restait, il pleurait. Quand j'étais fatiguée, je le jetais.
Le lendemain matin il me faisait livrer un très beau bouquet et un précieux colifichet.
Toutes les semaines, c'était la même rengaine. Jusqu'au jour où j'en eu marre et l'envoyais se faire voir.
Procrastination
J’avais mille choses à faire, menues corvées du quotidien repoussées de jour en jour jusqu’à devenir réelles,
matérialisées par la pile de courrier à traiter sur le coin de mon bureau. Amas de factures, à régler, contester, de lettres ou coups de fil à retourner, proprement listé un jour où pleine d’énergie j’avais décidé de m’y attaquer. J’avais noté ainsi tout ce qu’il fallait que je fasse de toute urgence dans les trois derniers mois… Les tâches à effectuer couchées sur le papier, bien ordonnées, m’avaient comblée de la satisfaction de l’efficacité. Puis fière de moi, j’étais passée à autre chose. La pile avait crû régulièrement, naturellement, de plus en plus hirsute et instable, foisonnement d’imprimés abandonnés, voire jaunissant.
Tout mon univers étaient retombé en entropie… Corbeilles de linge attendant d’être rangé débordant, embouteillage dans le sèche-linge. Egouttoir à vaisselle submergé. Cendriers dégueulant. Livres errants dans tout l’appartement, frigo désespérément vide à l’exception de quelques rogatons oubliés. Monceau d’affaires de plage et de sport dans l’entrée. Fauteuil enfoui sous les vestes, imperméables et blousons, penderies en bataille… Bref, l’ordinaire…
Il eu suffi de quelques heures intensives pour tout remettre à flot. Le sachant, je laissais trainer attendant un sursaut, une pulsion qui m’y précipiterait.
J’avais bien ressenti une fois ou deux une étincelle, m’étais levée pleine d’énergie un week-end et presque décidée, mais un coup de fil, une flânerie sur le net, un rayon de soleil, avaient détourné mon attention.
Ce jour là je me sentais volontaire prête à m’attaquer. La couette arrachée, brrr, il fait froid, peut-être commencer par un douche chaude et un thé revigorant.
Mentalement se projeter, par quoi vais-je débuter? Suspendre les manteaux, ramasser les chaussures. Pensant à ces dernières, n’ai-je pas une paire d’escarpins hallucinants, extrêmement hauts et fins, à faire à mon pied ? C’est l’occasion. Encore humide, je me juche, admire leur verni rouge somptueux. Passer devant le miroir, comme ils allongent mes jambes, et leur fantaisie troublante. Merveilleux. Je ne sais pas avec quoi je pourrais les marier, et me jette sur ce problème urgent. Un placard dévasté et un lit envahi de vêtement plus tard, je comprends qu’il faut du sobre, presque austère. Cet ensemble d’un bleu presque noir, la jupe longue et étroite, la veste ajustée au col officier, parfait. Sous un tailleur strict les fanfreluches s’imposent : une riche dentelle pourpre, tanga froufroutant, montant haut sur les hanches, balconnet pigeonnant. Un peu de fard, juste un trait de noir et un rouge à lèvre éclatant. Des puces de diamant aux oreilles, parfait, je me plais…
Ça mérite bien une pause, après tout, depuis 6 mois, ces escarpins dormaient, encore emballés, dans le coin où je les avais jetés après les avoir achetés. J’ai donc avancé.
Et puis il fait beau, n’est-ce pas dommage de rester enfermée ? La journée est à peine entamée. Ah si, un peu quand même, mes tergiversations ont déjà presque englouti la matinée. Bon, un café rapide au soleil et je m’y remets…
Déambuler, choisir une terrasse calme et regarder la vie passer.
Je ne l’ai pas vu s’approcher, perdue dans mes pensées, il a du me parler mais je ne l’ai pas entendu. Ça a l’air de l’amuser. C’est un grand dadais, un jeune homme très mince, un peu intimidé. Il répète : « J’adore les talons hauts et les vôtres sont… »
- Oui ?
- Superbes…
Je balance doucement ma jambe croisée, le cuir luit.
- Je trouve aussi, c’est d’ailleurs pour ça que je les ai achetés…
Il ricane, une sorte de hennissement. Je le regarde ramer, j’ai un peu pitié, pas évident parfois d’être un homme et de draguer. Conciliante, je lui permets de m’offrir un autre café.
Il me dévore du regard, ses yeux remontant lentement de ma cheville, le long de mes cuisses, de mes hanches, de ma poitrine, il plante un regard brulant. Je sens le désir crépiter. Sous ses yeux je sens mes lèvres se gonfler, curieuse sensation.
Le badinage passe en mode automatique. Ni l’un, ni l’autre ne prêtons la moindre attention à nos mots. D’ailleurs, parlons-nous ou meublons-nous ces instants ? Autour de nous tout continue, deux vieilles dames caquettent, les voitures s’arrêtent et redémarrent, quelqu’un hèle un taxi. Mais je me sens emprisonnée dans une bulle de désir. Pour moi, tout est figé dans un air trop lourd, oppressant, presque solide. Séparés de quelques centimètres, je sens pourtant sa chaleur, son ardeur. Je sais qu’il bande comme il me devine mouillée. Sans nous toucher, nous baisons là en pleine rue, rien que par la pensée. Son haleine si chaude, son souffle un peu court. J’en suis essoufflée.
« Bonjour » Un voisin nous salue gaiment en passant. Le charme est rompu.
Je le salue et rentre précipitamment.
Cette fois, je m’y mets…
Mais à peine la porte passée, je me précipite sur mon lit, dans mon miroir essaie de retrouver le trouble de son regard, me déshabille comme je l’aurais fait devant lui : entrebâille le corsage sur le balconnet, fait jaillir mes seins. Les caresses, imagine ses morsures. La jupe glisse. Juste vêtue de dentelle et de mes escarpins, mes doigts trouvent l’échancrure. Et par mes mains interposées, l’inconnu me mène à la jouissance. Je gis sur un tas de vêtements froissés.
La journée est bien entamée, je n’ai pas commencé à ranger. Mais qu’est-ce que j’ai encore branlé ????
Copyright numéro 00050720-1
Lectures
J’étais alors très jeune, étudiante désargentée découvrant la France et la pauvreté… Je cherchais un petit
boulot, un plan. Rassemblant mes maigres connaissances et mes très faibles compétences, les choix étaient réduits… Garde d’enfant, pourquoi pas, mais nous étions nombreuses sur le créneau. Le ménage alors que j’en ignorais les premiers rudiments me semblait hors de portée. Le commerce, j’aurais bien tenté mais je manquais d’onctuosité et surtout j’étais incapable de l’obséquiosité indispensable envers l’imbécile qui me dirigeait. Au bout de deux heures, je manquais de le gifler et je l’avais profondément complexé voire déprimé. L’administration requérait de gros dossiers qui à l’avance m’épuisaient.
Bref, j’étais fauchée et me cherchais.
Dans la feuille de chou locale, je trouvais enfin l’annonce qui me correspondait : « mal voyant cherche lectrice, bonne élocution et savoir-vivre, appeler le xxxxxxx ». C’était le job qui me convenait, qui me ressemblait. Il me le fallait. J’y réfléchissais, préparais mon discours, le répétais encore et encore et enfin me lançais. J’appelais. Trois ou quatre sonneries, quelqu’un enfin répond, une femme à la voix assurée. Je me présentais, insistant sur mon goût de la lecture, sur tout ce que je serais ravie de partager. Ma belle voix de jeune-fille bien élevée me permit, je pense, d’obtenir un rendez-vous.
Je m’y rendis un jeudi midi après les cours. Bien habillée, jupe grise et chemisier, bas clairs et escarpins bien cirés. Les cheveux longs bien lissés derrière le serre tête coordonné. Je vais à l’entretien.
A une bonne adresse, dans le centre ville, un immeuble bourgeois en pierre de taille, entrée de marbre, bois et plantes vertes, large escalier et au premier double portes menant à l’appartement douillet.
Elle me reçoit, c’est une belle femme, celle que j’aimerais être un jour. La quarantaine élégante, fine, un tailleur la mettant en valeur, les cheveux faussement décoiffés, savants dégradé de mèches miel.
Son appartement aussi, j'aimerais l'avoir un jour: magnifique mélange d'ancien et de récent: hauts plafonds, moulures, parquet au point de Hongrie, mobilier très contemporain, acier, cuir blanc et verre juste tempéré d'une crédence ancienne sobre en noyer miroitant sur laquelle luisant quelques belles pièces d'argenterie.
Je me sentais soudain très gauche et empruntée, endimanchée, un brin ridicule.
Je voulais être elle.
Déjà elle me souriant elle me mit à l'aise. Son discours était simple, courtois, factuel:
Son beau-frère ayant récemment perdu la vue lors d'un accident résidait chez elle le temps de sa rééducation.
Refusant les visites de ses amis et des gens qui jusque là peuplaient sa vie, il déprimait, s'étiolait… Mon job, si je l'acceptais serait de chaque matin à 7h30 de lui apporter et lui lire le journal, de commenter avec lui l'actualité. Le salaire était inespéré et le plaisir d'un quotidien gratuit un bonus alléchant, sans parler du café chaud qui m'attendrait qu'au décor j'imaginais délicieux.
Elle me présenta ensuite l'homme qui ne connaitrait que ma voix. Grand, d'un certain âge (encore qu'en ces temps là cette expression évoquait pour moi toute personne entre 25 et 50 ans, ensuite il s'agissait de vieillard), les cheveux grisonnant, impressionnant et séduisant malgré les profondes cicatrices qui parcouraient son visage.
Sa poigne était ferme et chaude quand il me salua. Il me pria de lire un court article, un fait divers il me semble. Me posa quelques questions. Puis se désintéressant de moi, il s'adressa à sa belle sœur.
- Tu m'as choisi une enfant
Déjà le rêve s'écroulait. Mais:
- Sa voix me plait, ses réflexions bien que naïves ne sont pas totalement idiotes et au moins elle n'a pas d'accent.
Et sans même me saluer, il s'éloigna tâtonnant heurtant une chaise et le chambranle de la porte.
Elle me raccompagna, me glissant un billet pour les achats de journaux.
La première semaine n'eu rien de remarquable, j'arrivais au petit matin, les joues rougies, il m'attendait dans la cuisine, une vaste pièce chaleureuse, devant un pot de café effectivement excellent. Les politesses d'usage achevées, je commençais ma lecture: Les titres des différentes rubriques. Lorsqu'un article l'interpellait, je le lisais intégralement. Parfois nous échangions quelques mots, quelques opinions.
A 9h je le saluais, courais jusqu'à la fac où une amie me prêterait ses notes.
Rapidement, je rentrais dans ce plaisant train train.
Elle, je la voyais peu, il m'arrivait de la croiser dans l'escalier alors qu'elle filait entamer ses journées.
Notre agréable routine durait déjà depuis quelques semaines quand il me demanda de me décrire ce que je fis à la manière évasive des jeunes filles embarrassées:
- Pas très grande, moyenne, brune, les cheveux longs… J'hésitais… le visage rond…
- Mais encore?
- Des yeux gris….
Bon d'accord, je mentais, un mensonge lâche à un infirme, mais où était le mal? J'avais toujours eu envie d'avoir de grands yeux gris
- Etes-vous jolie?
Question piège, question idiote à laquelle j'étais bien en peine de répondre, m'aimant ou me détestant au gré de mes humeurs.
- Normale, plutôt pas mal, mais c'est normal à mon âge
Il rit puis, à mon grand soulagement, changea de conversation.
Il y revint quelques jours plus tard, me demanda d'approcher, de me permettre de découvrir mon visage de ses main.
Je me tenais un peu tremblante devant lui. Tout d'abord, il sembla découvrir ma stature, amusé que je ne lui arrive qu'à l'épaule.
- Mais vous êtes petite
- Moyenne, n'exagérez pas
Ses mains chaudes et douces s'emparaient de moi: Déjà mes cheveux, les lissant jusqu'au bas de mes reins. Mon crane ensuite qu'il palpa. Mon front, mes yeux, mes pommettes, mes oreilles. Le souffle court, gênée de mon émoi et de sa proximité, je ne disais mot. Mes lèvres, ma bouche qui déjà s'entrebâillaient. Il n'y prenait garde et continuait son exploration. Mon cou, je me sentais flageoler, mes épaules.
- Une vraie peau de bébé…
Je reconnaissais cette voix, ces inflexions sourdes communes aux hommes qui nous découvrent.
Mais déjà il s'éloignait, me laissant tremblante:
- Vous êtes plutôt menue
Et nous reprîmes la lecture des nouvelles…
J'attendais chaque matin nos rencontres avec impatience, je m'inventais un amour impossible pour le bel aveugle. Lui la plupart du temps me parlait avec l'affabilité polie des gens bien-élevés…
Un matin, il me parut agité, de mauvaise humeur et distant. Ne se donnait pas la peine de commenter la moindre information. Il abrégea d'ailleurs notre petit déjeuner.
Le lendemain, il semblait toujours un peu tourmenté. Au moment de mon départ, il retint ma main "Auriez-vous un moment ce soir après vos cours, j'aurais besoin que vous me lisiez une lettre?"
Nous nous retrouvâmes en fin d'après-midi. Dans le salon silencieux, il me demanda de lui servir un whisky, m'indiquant où trouver bouteille et verres et me pria de l'accompagner.
Je m'installais à ses cotés sur le canapé. Il me tendit l'enveloppe: Une belle enveloppe longue et crémeuse, un peu froissée.
- Lisez la moi je vous prie
Sur un beau papier lourd une écriture ronde, ample et élégante.
Dès les premiers mots je me sentis indiscrète
"Mon amour, mon amant, ma vie, mon vit…"
Alors que je m'interrompais ne sachant que faire, il me pria de continuer…
"Allongée dans le noir, je pense à toi, à nos nuits, à nos jours, à nos moments précieux, à nos moments tumultueux, à nos moments heureux.
Bercée de nos désirs, de nos plaisirs, je me caresse et me sens encore emplie du fantôme de ta bite. Mes seins se dressent sous ta bouche imaginaire.
Je suis si loin et si près de toi…"
Je lisais d'une voix blanche, presque atone, honteuse de ma respiration un peu hachée. Lui se taisait, tressaillant sous les mots. Mes joues me brulaient, j'étais soulagée qu'il ne puisse me voir.
C'était une longue lettre, d'une impudeur totale et magnifique. L'inconnue y clamait son amour, son désir, son manque de lui, implorait ses bras, sa douceur, sa queue…
Pétrifiée, étonnée, je continuais et laissais ma voix s'éteindre dans le soir qui était tombé.
Il me salua aussitôt et je rentrais dans le froid, songeuse.
Le lendemain il n'y fit pas mention alors que nous détaillions l'actualité. A mon départ, il me proposa de revenir au soir: "j'aimerais que vous écriviez un courrier pour moi, je ne puis le faire seul et c'est personnel"
Sur la table de cuisine rassurante, je posai le bloc qu'il m'avait chargée d'acheter et mon stylo. Il faisait chaud et si je n'avais pas pensé à allumer, il serait resté dans la pénombre.
De sa voix grave il commença à dicter:
" Ma chérie
Puisque je te sais si désireuse de partager le morne quotidien d'un invalide. Laisse-moi-t’offrir cet instant.
Je suis en ce moment aux coté de C, une charmante étudiante….."
- Continuez à écrire, je vous prie.
J'obéis
"Une très jeune femme aux longs cheveux raides, petite, menue malgré une poitrine opulente…"
- vous permettez, je vérifie, non, rayez la fin de la phrase.
Je m'étais tournée vers lui et le laissais parcourir mon corps, frémissant sous ses mains, mais bien incapable de m'y soustraire.
-Je vous imaginais plus charnue, votre visage m'a trompé … Bref
"des petits seins hauts placés au tétons saillants. Mon exploration l'aurait elle excitée?"
- Je ne peux pas écrire ça
- Bien sur que si.
"Un petit corps musclé, à la peau douce de bébé, les cotes un brin saillantes et la fesse pommelée.
Tout à l'heure, je l'emmènerai, ou plutôt elle me dirigera vers ma chambre. Là dans ma nuit éternelle, je la déshabillerai très lentement. Goutant chaque fragment de sa peau. Sa nuque que je devine claire sous l'écran de sa chevelure. Ses omoplates sous sa peau fine.
Je la ferai pivoter, embrasser la base de son cou, humer à ses aisselles sa sueur d'enfant. Lécher ses petits nénés, les mordiller. L'écouter retenir ses soupirs. Titiller son nombril sur son ventre plat d'adolescente. Arriver à l'orée de sa toison. Elle n'est pas épilée, encore peu d'artifice. De longs poils soyeux à peine frisés. Me glisser entre ses petites lèvres."
- N'arrêtez pas d'écrire je vous prie
"D'elle-même elle s'ouvrira, d'elle-même elle s'offrira. Mais je continuerai ma quête le long de ses cuisses musclées, de ses mollets fuselés de ses petits pieds. Je remonterai jusqu'à son petit derrière, le mordillerai, le chatouillerai, doucement le lui ouvrirai. Elle est toute mouillée.
Ce sera elle d'une voix timide qui me priera de la baiser.
Quand je m'enfoncerai en elle, quand je la labourerai, quand elle s'ouvrira toujours plus avide. Quand elle mordra ses lèvres pour ne pas laisser échapper ses gémissements de plaisir. Quand elle me permettra de me faufiler dans son petit œillet, quand pleurant, elle me demandera de la reprendre "normalement, par devant", quand je lui ferai l'amour gentiment, jusqu'à ce qu'elle s'arque et crie enfin son plaisir. Quand le trouble et la joie envahiront ses yeux gris. C'est à toi que je penserai.
Je tenais à te remercier du cadeau que tu me fais
Amoureusement"
J'étais aussi abasourdie que pantelante. Quand il me demanda de l'emmener dans sa chambre, je le fis. Et point par point, il me combla comme il l'avait décrit.
Après un week-end rêveuse, heureuse, excitée, je revins le lundi.
C'est elle qui m'accueillit. Il était reparti pour Paris.
"C'était mieux, me dit elle, il aurait fait pleurer tes beaux yeux gris"
Je suis repartie titubante, après qu'elle m'ai rédigé un chèque généreux. Ce n'est que plus tard que j'ai reconnu l'écriture élégante, et la signature alambiquée, de la mystérieuse amoureuse.
Convives
- Vous n’êtes pas devenue ce que vous auriez du !!!
- Pardon ?????
Un peu interloquée, je dévisageais l’énergumène qui me faisait face. Un mètre soixante dix à tout casser. Un petit être nerveux, voire survolté, le cheveu en pétard, l’œil pétillant, le nez retroussé au-delà du raisonnable, quelques taches de son sur un visage un peu trop pale. Rien de spécialement beau, mais malgré tout, quelque chose d’attirant, de séduisant.
Ne doutant de rien, dressé sur ses ergots, il tentait vainement de me regarder de haut alors que juchée sur mes compensées, je le toisais si placidement qu’on aurait pu dire froidement.
Il avait une voix un peu éraillée, un peu caverneuse, un peu étrange. Une voix d’homme dans un corps fluet.
Autour de nous, les gens bavardaient paisiblement. Soirée calme dans une belle maison de cette petite ville. Bons vins et plats raffinés au programme ce soir. La coupe de rigueur à la main, apéritif. Conversations plaisantes et faciles entre gens qui se croisent régulièrement au cours de diners, d’invitations données et rendues, qui fréquentent les mêmes clubs de sport et les mêmes restaurants, ont assisté aux mêmes spectacles. La tranquille endogamie de la bourgeoisie de province. Propos légers, petits commérages sans conséquence. Observations et commentaires sur les tenues de chacune.
Et en ce qui me concerne, une ou deux nouvelles têtes. Dont le surprenant farfadet qui me scrute et emploie ce curieux ton d’intimité. Qui me l’a donc présenté ? Sergine, je pense. Et que m’a-t-elle dit ? Impossible de m’en souvenir…
- Vous n’êtes pas devenue ce que vous auriez du…Répète-t-il
- Vraiment ? Et que devrais-je être selon vous ?
- Surement pas ce que vous semblez être.
- Mais encore ?
Hélène se joint à nous, puis mon mari qui me tend une coupe. L’homme se contente de sourire. Nous parlons des dernières vacances et des prochaines…
La maîtresse de maison nous invite à passer à table.
C’est une longue table, joliment dressée : nappe damassée, porcelaine colorée, cristal et fleurs jetées. Les mets sont aussi bons que bien présentés. Nous sommes dans une région où on aime manger.
Je suis placée entre le mari rougeaud et truculent d’une de mes amies et l’inconnu. En face de moi, une jolie jeune-femme à l’esprit caustique et à la voix un peu perçante. Notre coin de table est animé, rieur. Le vin coule à flot. Mon voisin semble s’être désintéressé de mon destin raté et se partage équitablement entre sa voisine de droite et moi.
Mais à la fin de l’entrée je sens sa jambe contre la mienne. Rien d’extravagant. Un contact qui pourrait être fortuit, sauf qu’il ne la retire pas. Je ne bouge pas non plus. Tout en continuant à bavarder et rire.
Le plat principal, un délice, notre hôtesse est une déesse. Et cette discrète caresse le long de mon bas. J’aime ce repas.
Je croise les regards, parle, mange… Cet homme a raison, j’ai raté ma vocation, j’aurais pu être comédienne.
Dessert, le verbe est de plus en plus haut, les rires montent.
Quelqu’un a mis de la musique, on dansotte un peu, question de digérer et puis nous sommes un peu gais. Je sors sur la terrasse fumer une cigarette. C’est la pleine lune, son étonnante clarté sur le parc. Il fait un peu frais. Il me rejoint, toujours avec ce curieux sourire et cette prétention de tout connaitre de moi. Il relève une mèche échappée de mon chignon.
Mais déjà Elizabeth vient m’emprunter une cigarette. Chacune ses secrets et cette élégante quadragénaire fume en cachette de son époux. « C’est bien meilleur » glousse-t- elle comme à chaque fois.
La soirée a bien démarrée. Un couple danse un rock endiablé lorsque nous revenons à l’intérieur.
Je me lance de tout mon corps dans la danse. Je vibre, je bouge, je me sens bien.
Il est 1h, la soirée bat son plein, mon mari sommeille à demi. Discrètement, pour ne rien gâcher, il me souhaite une bonne nuit et rentre, il sait que je me ferai raccompagner.
3h, la soirée s’éteint gentiment, il est temps de rentrer. L’inconnu à la jambe douce offre de redéposer. Nous remercions nos hôtes.
Comme beaucoup de petits hommes, il possède une grosse voiture agressive dans laquelle je me hisse.
La nuit claire nous enrobe alors que nous roulons dans les bois. Il n’y a que quelques kilomètres. Très simplement, il a posé sa petite main sur ma cuisse et caresse ma jambe juste à la lisière du bas. Je ne bronche pas.
Je ne dis rien non plus, quand il oblique vers un chemin et que nous entrons dans la forêt. Il arrête le moteur. La nuit nous engloutit lorsque les phares s’éteignent. Nos yeux s’accoutument et elle devient phosphorescente sous la lune.
Mais déjà il prend ma bouche. Sa langue est dure et nerveuse, elle sent le vin, ses mains qu’il glisse dans mon corsage sont froides sur mes seins. Mes tétons durcissent. C’est moi qui lève mon bassin pour ôter la dentelle de mon slip. Les yeux grands ouverts, il me dévisage se régalant de mes émois. Il recule son siège. Je tâtonne, ouvre sa ceinture, son pantalon, sors sa queue curieusement massive pour un homme aussi chétif. Ses doigts entrent en moi, je suis déjà humide. J’enfile le préservatif qu’il m’a tendu. Engloutit le tout d’une bouche gourmande. Il grogne, gémit. Je me redresse et enfourche mon impudent lutin et le chevauche fougueusement. C’est moi qui impose mon rythme. Pour la première fois de la soirée, j’ai l’impression de mener le jeu. Mais soudain le plaisir me prend par surprise, plus rapidement que je m’y attendais. Me secoue, me cabre, et je crie dans la nuit. Un hibou me répond. Ses mains agrippées à mes hanches, me maintiennent étroitement serrée, et ses mouvements me font défaillir à nouveau avant que dans un soupir il me rejoigne dans la jouissance.
Il me regarde et me sourit, un sourire malicieux contagieux....
- Alors qu’aurais-je du devenir ?
- Aucune idée, mais c’est une belle introduction, ça marche bien, non ? Mais entre nous, surement pas ce que tu sembles être : une jolie épouse qui s’ennuie.
Hibernation
L’hiver était survenu et avec lui la lassitude. Les nuits sans fin et l’inappétence. Le froid, l’humidité, rien qui ne me donne
envie d’abandonner le nid chaud de ma couette.
Le vide de ma vie aussi, qui croissait au fil de mon humeur maussade. J’allais encore travailler. Morne job inintéressant qui me pesait chaque jour un peu plus.
Je trouvais encore le courage, de sortir dans gris sinistre des matins d’hiver, de m’entasser dans le métro. De me glisser dans les bureaux, de saluer les collègues, et de regarder défiler les heures. Je souriais toujours au téléphone, ça faisait partie du job. Sourire, avoir de la répartie, feindre de m’intéresser aux tracas d’inconnus pour qui je n’étais qu’une voix qui les dérangeait dans leur quotidien. Je notais leurs réponses dont je me moquais éperdument, tout en continuant à parcourir mon quotidien. Travail purement alimentaire au maigre salaire.
Je ressortais de ma caverne aseptisée dans la nuit précoce et me hâtais vers mon petit studio banlieusard où je lisa is jusqu’à fort tard.
Plus les jours raccourcissaient plus le reste de l’univers me semblait s’éloigner. Plus le monde extérieur me était flou et sans intérêt. Tout me paraissait comme assourdi, délavé, insipide.
L’envie de sortir, de danser, de me mêler aux autres avaient disparu en même temps que les beaux jours. Je n’appelais plus mes amis et répondais de moins en moins au téléphone. Je rentrais en hibernation.
Un jour je réalisais que les nouvelles qui auraient du m’indigner me laissaient de glace, que celles qui auraient pu me toucher ne m’atteignaient plus.
J’avais arrêté de lire le journal au bureau, je me contentais de griffonner, Des pages et des pages d’arabesques noires et torturées. Je participais encore aux menus bavardages entre collègues mais ne les initiais plus. Je compatissais mécaniquement aux malheurs des unes, félicitais d’autant plus chaleureusement que je m’en fichais les succès d’une autre. Je faisais encore l’effort de quelques mots convenus pour masquer mon retrait.
Tout m’était étranger, les gens y compris ceux que j’avais cru aimer, les événements et surtout les émotions.
Je n’étais plus ni gaie, ni triste, ni amusée, ni ennuyée, je n’étais plus. Je n’avais plus peur, plus de manque, plus d’envie.
J’ai arrêté de lire aussi, j’ai même allumé la télé. Au bout de quelques soirs je l’ai définitivement éteinte, son caquetage se fondait dans le silence floconneux qui m’ensevelissait petit à petit. Je restais assise ou allongée plongée dans des idées que j’oubliais aussitôt.
Un jour, j’ai oublié de me lever, et j’ai arrêté d’aller bosser. Dans un sursaut d’énergie j’ai appelé pour m’excuser : grosse crève. Mais je n’y suis pas retournée, tout jour passé, rendant plus difficile un retour.
Je dormais, je passais des heures dans la chaleur rassurante de ma baignoire, me nourrissais essentiellement de café très sucré et de quelques biscuits.
Parfois le téléphone sonnait, mais je répondais plus.
Une ou deux fois quelqu’un a sonné à l’interphone, je n’ai pas ouvert. Ma mère est venue jusqu’à ma porte, tapie dans mon antre, retenant mon souffle de peur de trahir ma présence, je l’ai laissé repartir. Je n’aurais su quoi lui dire. Et je n’avais plus envie de faire semblant.
Je ne sais combien de temps ça a duré, je suis sortie une fois ou deux furtivement, à l’épicerie juste à coté faire le plein de thé, de café et de gâteaux secs. J’échangeais quelques mots avec le jeune commis souriant, mais même ma voix me semblait rouillée. J’étais dans mon cocon de solitude confortable, flottant dans mon néant.
Et puis un jour on a frappé à ma porte. Des petits coups discrets. Rien d’intrusif, rien d’exigeant, peut-être est-ce qui m’a rassurée. J’enfilais un t-shirt et ouvrais.
Il se tenait gauchement devant la porte, les bras chargés : fleurs, bonbons, bouteille et un grand carton à pizza. Son étrange sourire tordu.
« Alors fille ? Tu fais la tête ? On ne te voit plus »
Un ami que mon téléphone décroché n’avait pas découragé, que mon silence n’avait pas rebuté. Doucement la brume se dissipait. Et alors qu’il virevoltait dans mon petit appartement, débouchant le champagne, coupant la queue des roses avant d’improviser un vase dans une choppe, m’enivrant de menus potins, tout doucement mon monde délavé se recolorait.
« Allez mange » une part de pizza, une gorgée. Déjà j’étais rassasiée.
Puis il m’a pris dans ses bras gentiment, tendrement. M’a déshabillée et s’est dévêtu, sans arrêter de parler. De me raconter des petites anecdotes sans importance qui me berçaient et parfois perçaient ma carapace d’indifférence. Il parcourait ma peau de ses mains douces et chaudes, piquait mes joues, mon cou et mes tempes de petits baisers.
Sous ses mots, sous sa peau, petit à petit je me réchauffais je m’éveillais. Sa bouche qui glisse, s’attarde sur mes seins qui se dressent. Mordille ma hanche. Il écarte mes jambes ou le font-elle d’elle-même, et sa langue entre mes cuisses me reconnecte à mon corps. C’est à la fois doux et presque violent tant l’envie de lui me prend. Je m’ouvre à lui, je m’entends gémir, rompant mon silence. « S’il te plait, fais-moi l’amour ». Je sais encore parler…
Mais il se contente de rire et continue à m’embrasser, me caresser, m’exciter… «Tout à l’heure » rit-il.
Je me tords sous ses doigts, sous sa langue, lui rends ses caresses, ses baisers, griffe son dos. Me retourne pour l’emboucher, jouer avec son gland, enserrer sa queue lisse qui gonfle mes joues. Ses douces couilles ballottent contre mon front. Le duvet sur son ventre.
Le désir me fait trembler, d’un seul coup envolée l’aboulie, je ne suis plus qu’envie.
« S’il te plait, fais moi l’amour, j’ai tellement envie de toi »
« Tu as dit envie ? »
« Oui »
Il me pénètre, je crochète mes jambes autour de sa taille pour mieux le sentir, pour mieux le retenir. Il entre tout au fonds de mon sexe, m’embrasse au fonds de ma bouche, et plonge ses yeux au fonds de moi. Je ne sais qui de sa bite, de sa langue ou de son regard me possède le mieux. Je l’aspire, je frémis, je crie… Il me pourfend, j’ondule sous lui, je me sens vivante enfin. Nous basculons, je le chevauche. « Ça va mieux dirait-on » il rit, nous pouffons. Il m’imprime un rythme plus rapide, plus exigeant. Mon ventre commence à pulser autour de lui qui tressaute. Je crie, me révulse, nous jouissons.
Allongés l’un contre l’autre il a continué à me raconter la vie qui continuait, les mésaventures d’une amie, la fête d’une autre. Et d’un seul coup ça m’intéressait.
Une claque amicale sur mes fesses :
« Habille-toi, il fait beau, on va se promener »
Nous avons flâné le reste de la journée, errant au hasard des rues. Il me faisait rire, en commentant les passants. Puis je m’y suis mise, j’ai recommencé à parler, une véritable logorrhée, je ne pouvais plus m’arrêter. Il a du m’embrasser pour m’interrompre.
Nous nous sommes vus quelques temps, jusqu’à ce que les jours rallongent. Petit à petit, il m’avait ramené à la vie, puis cette tache accomplie, il est parti.
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